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22 janvier 2021

COVID 19 et incohérences 77

Il fallait s’en douter ! Alors que le ministre de l’Education nationale s’épanche dans les médias pour expliquer que tout est sous contrôle, les situations que nous vivons dans nos écoles attestent du contraire.

De nouveaux protocoles vont venir remplacer les multiples « nouveaux protocoles » d’hier... pour plus de sécurité, alors qu’il vante la qualité de nouveaux masques, se substituant aux vieux slips de visage, qui eux-mêmes remplaçaient des foulards toxiques...

Bref, pendant que le ministre sacrifie à son passe-temps favori, la communication, la réalité, elle, rattrape le terrain !

Et une fois encore, comme si aucune leçon n’avait été tirée des mois précédents, c’est avec amertume, lassitude que nous constatons l’impéritie, l’amateurisme avec lesquels, dans trop de cas, se gère cette crise sanitaire majeure.

Certes, rien n’est simple et la période n’est pas une partie de plaisir ; seulement, les professionnel.les que nous sommes attendent depuis le début une gestion cohérente, lisible et transparente de cette pandémie. Dix mois après son commencement, il n’en est toujours rien. Notre hiérarchie continue à avancer à tâtons, sans anticiper, sans écouter. Comme si l’essentiel était de ne pas troubler la communication ministérielle, quitte à nier les effets de la Covid dans les écoles. Quitte, également, à tenter de diluer, par autant de directives contradictoires, l’impact direct et indirect de la maladie, pour ne surtout pas déroger au mantra Blanquérien : les écoles resteront ouvertes ! C’est là un bien mauvais calcul si justement l’on veut atteindre, dans la mesure du possible, cet objectif. Car tout est « dans la mesure du possible » !

Qu’on en juge par ces quelques cas, premiers d’une série longue comme le nombre des écoles du département.

Dans une école du sud de la Seine-et-Marne, une directrice apprend dimanche soir qu’elle est positive à la Covid. Elle informe donc ses collègues qu’ils.elles sont désormais "cas contacts". Inquiet.es ces dernier.ères se tournent vers leur hiérarchie et se voient astreint.es par l’IEN de rester à l’école le lundi, alors que l’Agence Régionale de Santé les enjoint d’aller, le même jour, se faire tester. De nouveau contactée par les enseignant.es, l’inspection de circonscription, en lien avec l’inspection académique, va d’abord demander, contre toute logique épidémiologique, de ne pas tenir compte de l’appel de l’ARS... avant d’énoncer exactement le contraire le lendemain, sans doute éclairée par l’intervention du SNUipp-FSU 77 et du secrétariat du CHSCT qui ont cru bon de se tourner directement vers l’inspection en demandant des traces écrites des préconisations hiérarchiques. Évidemment, le tout dans l’urgence, dans la tension avec des collègues légitimement inquiet.es, à qui on demandera, le mardi matin, de se cacher dans l’école où ils.elles apprendront ce revirement, avant de se voir conseiller d’aller s’isoler.

Depuis, ces collègues attendent à leur domicile les résultats des tests. Des tests qui du reste ne concernent pas les élèves des écoles maternelles, ce qui là aussi amène à des situations qui interpellent. Comme dans cette école, où il manque plus de 60 élèves, tous symptomatiques, mais non testé.es. Du coup, impossible de parler de cas contacts puisque aucun.e élève n’est positif.ive ! L’école peut donc continuer à fonctionner comme si de rien n’était, sans que les IEN, sans que la mairie n’aient à se poser de question... surtout si cette question devait remettre en cause la doctrine ministérielle qui rappelle que les écoles resteront ouvertes.

Surtout en Seine-et-Marne, car dans d’autres lieux, comme au Plessis-Belleville, commune limitrophe de notre département, les mêmes causes n’ont pas amené aux mêmes effets. L’école a fermé, pour permettre de lutter efficacement et intelligemment contre la propagation du virus.

Et ces couacs ne sont pas isolés. Dans d’autres lieux, certain.es enseignant.es ont reçu des SMS contradictoires de l’ARS les invitant, en tant que cas contact, à se faire dépister... juste avant de revenir sur cette préconisation. Bilan, les collègues sont retourné.es sur leur poste, avant de recevoir le résultat de leurs tests : 5 tests positifs sur 6 !

Où encore dans cette école du nord du département, dans laquelle 5 enseignant.es sont cas contacts et absent.es jeudi, pour l’instant sans remplaçant.e. Devant le désarroi des enseignant.es présent.es à l’école le jeudi, l’IEN contacté n’a pu que répondre que l’école se devait de recevoir tous les enfants ! Il faut donc mettre en place des protocoles spécifiques pour les cantines, afin que les enfants restent avec leurs pairs, ne se mélangent pas, mais il faut les répartir dans les autres classes, les brasser, les mélanger, gonfler les effectifs à 30-35 dans des locaux exigus pour là encore, répondre à l’impératif ministériel sans s’interroger sur la totale contradiction entre la situation sanitaire et les règles habituelles.

Mais là aussi, sur ce protocole spécifique aux cantines, il semble que les interprétations soient à géométrie variable, comme dans cette école, dans laquelle un élève est déclaré positif vendredi et se voit dans l’obligation de rentrer après avoir déjeuné à la cantine avec ses camarades. En toute logique, ces dernier.es devraient, après être resté.es, sans masque, autour de la même table que le jeune malade, se transformer en cas contact. Et bien non… pour un médecin de l’inspection académique, ce n’est pas le cas. Les enfants peuvent manger à l’école, ensemble avec des malades sans devenir cas contacts ! Comprenne qui pourra ! On va finir pas penser que pour certains médecins, pour certains « chefs », l’école, comme par magie, préserve de la pandémie ! Pourquoi ne pas y ouvrir des EPHAD ?

Et il ne s’agit ici que de quelques cas parmi d’autres, quelques perles d’incohérences arrachées à un collier déjà bien fourni.

Nous vous invitons d’ailleurs à nous faire remonter toutes les invraisemblances que vous rencontrez au fur et à mesure, car de notre point de vue, il y a urgence à recenser et faire connaître les dysfonctionnements pour demander des explications aux décisionnaires, aux ministères de la santé et de l’Éducation !

Car cette gestion au doigt mouillé, cette absence de ligne stratégique est insupportable et dangereuse. Insupportable, car une fois encore elle s’évertue à ignorer l’expérience venue du terrain en tentant de minimiser les situations, sous couvert de culpabilisation des équipes auxquelles on reproche de ne pas prendre assez de précautions, quand bien même les locaux ne le permettent pas. Elle est dangereuse, car contre-productive. Nier la réalité ne la fait pas disparaître. Nier les risques d’une pandémie pour donner l’impression que le gouvernement gère, ne pas donner, au plus haut de notre hiérarchie, une ligne directrice claire, transparente, à l’écoute des enseignant.es, c’est prendre le risque, à terme de fermer encore plus d’écoles dans l’urgence. Il est incompréhensible de constater, encore aujourd’hui, après 10 mois de pandémie, les difficultés de communication entre les différents niveaux de décisions.

Comment faut-il faire pour que l’ARS, la préfecture et l’Éducation nationale se coordonnent en organisant, intelligemment, avec les enseignant.es, les parents d’élèves et les maires, la lutte contre la Covid 19 dans les écoles.

Il en va de la santé de nos élèves, des enseignant.es mais aussi des parents. Il en va aussi de la confiance dans nos administrations, aux sommets desquelles se distribuent breloques et primes au mérite pour des mérites que nous aimerions discerner depuis nos salles de classes.

 

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