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26 novembre 2020

Entretien avec Philippe Cameroni, président de l’Autonome de Seine-et-Marne

Les relations entre "partenaires" de l’école ne sont pas nécessairement toujours au beau fixe : remise en cause de notre professionnalité, judiciarisation des rapports humains, "frilosité" de notre hiérarchie à soutenir ses fonctionnaires lorsque des conflits interviennent avec des parents ou des municipalités, etc. Il nous a semblé utile de faire un point sur ces questions.

Nous remercions Philippe Cameroni d’avoir accepté de nous répondre.

SNUipp-FSU 77 : Peux-tu nous présenter l’Autonome de Seine-et-Marne et en quoi elle se différencie d’une assurance ?

Philippe Cameroni : Tout d’abord un peu d’histoire :
- 1903 : Naissance des Autonomes puis, petit à petit de nombreuses Autonomes sont créées dans chaque département de France. Ces Autonomes prennent le nom d’Autonome de Solidarité Laïque (ASL). Notre Autonome de Solidarité de Seine-et-Marne est née en 1920, créée par des collègues de Meaux.
- 1973 : création de la Fédération des Autonomes de Solidarité (FAS) regroupant toutes les Autonomes départementales, puis en 2008, proposition de la FAS de nous associer avec la MAIF afin de continuer sous forme assurantielle la gestion des affaires liées aux Autonomes (droit pénal, droit civil). L’Autonome de Seine-et-Marne réunie en assemblée générale s’est prononcée contre cette union pour la raison suivante : l’assureur devenait tout puissant, la gestion de tous les dossiers lui incombait et nos adhérent.es perdaient la défense en droit pénal sur tous les actes intentionnels. L’assemblée générale de l’Autonome de Seine-et-Marne ne pouvait admettre que nos adhérent.e.s, nos collègues ne soient plus défendu.e.s lorsqu’ils/elles sont accusé.e.s de faits dits volontaires ou prétendus tels.

► Quelques explications et précisions : lorsqu’une plainte est déposée contre vous pour des faits que vous « auriez commis » (violence sur élève, harcèlement…), l’assureur ne peut pas vous défendre car il s’agit d’un acte intentionnel présumé ; il s’agit là d’une exclusion à tous les contrats d’assurances :« Vous ne pourriez pas mettre le feu à votre maison et en demander le remboursement, ce n’est pas possible ». C’est ainsi que raisonne l’assureur. Professionnellement, vous n’aurez aucune défense concernant tous les actes qui vont alors être considérés par l’assureur comme "actes volontaires ou intentionnels". Pour nous, Enseignant.e.s, Administrateur/trices de l’Autonome de Seine-et-Marne, il n’était donc pas possible d’accepter d’abandonner cette défense pour laquelle nous nous étions battu.e.s depuis un siècle. Nous avons donc refusé l’alliance proposée par notre fédération et la MAIF afin de continuer à défendre nos collègues sous forme associative.

SNUipp-FSU 77 : Certain.e.s d’entre nous ont connu l’époque où notre institution incitait les collègues à adhérer à (ce qui était alors) l’Autonome, adhésion individuelle, mais aussi vécue comme un cadre de protection collective du "corps de fonctionnaires" auquel nous appartenons. Est-ce une ère révolue ?

Philippe Cameroni : Aujourd’hui, il reste des établissements scolaires et surtout des écoles premier degré où les directeurs d’école font passer notre feuille jaune des adhésions bien connue. Cette feuille est collective, les collègues y joignent leurs chèques. Nous avons encore 60 à 70 % des écoles qui remplissent cette feuille collective. Néanmoins, nous constatons aujourd’hui que de nombreux.ses collègues adhèrent en ligne individuellement, en passant par le site internet capautonome.fr. Je profite de cet échange pour lancer un appel à la réintroduction de correspondant.e.s au sein des écoles et des établissements du second degré. Nos collègues vont souvent piocher sur Internet les meilleures offres. Les valeurs initiales ne sont plus mises en avant, tout le monde a oublié que ces mutuelles, ces assurances, ces associations étaient les Nôtres, l’œuvre de collègues enseignant.e.s, faites pour les enseignant.e.s, et gérées par des enseignant.e.s. J’ai bien peur effectivement que l’ère que beaucoup d’entre nous ont connue, où notre administration nous incitait à prendre l’Autonome, ait pris fin. Cela pourrait se comprendre si cette même administration prenait le relais dans la défense de nos collègues. C’est tout le contraire. Malheureusement, notre administration se réserve le droit de défendre, se réserve le droit d’accorder la protection fonctionnelle. De nombreux.ses collègues se sont retrouvé.e.s seul.e.s face au droit pénal, aux services de police ou de gendarmerie, augmentant leur stress, alors qu’ils/elles étaient déjà en grande difficulté.

SNUipp-FSU 77 : As-tu connaissance de situations où des parents reprocheraient à des collègues la nature du contenu de leur enseignement ? Si oui, quels conseils donner ?

Philippe Cameroni : Chaque année j’écris entre 70 et 100 lettres comminatoires à des parents « indélicats ». Des parents reprochent aux enseignants leur façon d’enseigner, leur façon de parler ou toute autre chose. On se permet d’écrire, d’invectiver, parfois d’insulter l’enseignant.e. Il faut s’en défendre. Évidemment, l’enseignant.e extrêmement choqué.e par la situation devant laquelle il/elle se trouve appelle le Président de l’Autonome qui va prendre le temps de l’écouter, le/la conseiller, le/la soulager et le/la défendre. Les faits me sont remontés, et à partir d’eux, j’écris aux parents dits indélicats, afin de leur rappeler leurs droits mais également, et surtout leurs devoirs. La plupart du temps mes lettres comminatoires portent leurs fruits. La sérénité est de retour au sein de l’école et de la classe, le/la collègue ennuyé.e a été soutenu.e et il/elle va mieux. Durant le premier confinement, j’ai écrit une vingtaine de lettres comminatoires à des parents qui considéraient que le/la professeur ne faisait pas bien son travail (dénonciation écrite des parents au supérieur hiérarchique).

SNUipp-FSU 77 : Ces contestations du contenu pédagogique sont-elles en augmentation ?

Philippe Cameroni : Effectivement, je constate une augmentation des affaires nous donnant à penser que les parents n’auraient que des droits et nos collègues que des devoirs. L’augmentation, je l’ai chiffrée à plus 30 % d’une année sur l’autre.

SNUipp-FSU 77 : Et qu’en est-il spécifiquement des relations entre les collègues et la hiérarchie ?

Philippe Cameroni : Vaste question ; en fait cela dépend beaucoup de l’humain. Dans le premier degré, certaines circonscriptions ont peu de problèmes et d’autres les accumulent. Les collègues soutenu.e.s par leur hiérarchie vivent mieux la problématique du métier. Le supérieur hiérarchique est là, en soutien, les collègues le savent, ils/elles ont un double soutien, hiérarchie et l’Autonome de Seine-et-Marne. En revanche, si le soutien est faible, inconstant, voir absent, eh bien là, tous les problèmes, aussi petits soient-ils, prennent une dimension énorme. Je me retrouve souvent au téléphone avec des collègues en difficulté qui ne comprennent pas l’absence de réponse hiérarchique à leurs difficultés. Nos collègues tombent de haut, ils/elles pensaient être soutenu.e.s, et parfois, c’est tout le contraire.

SNUipp-FSU 77 : La pression de notre hiérarchie pour un fonctionnement vertical des écoles nous semble être un facteur qui détériore les relations au sein même des équipes pédagogiques. Partages-tu ce point de vue ?

Philippe Cameroni : Il est difficile pour moi de répondre à cette question car les collègues m’appellent toujours lorsqu’ils/elles ont une difficulté, donc immédiatement, j’arrive à savoir s’il y a eu une réponse hiérarchique allant dans le sens attendu par le/la collègue ou non. Je constate simplement la difficulté de certaines équipes, au sein du premier comme du second degré, à fonctionner ensemble. Je n’ai pas de réponse à ces dysfonctionnements. Il faudrait en fait vivre au quotidien avec les équipes pour en connaître les raisons. Un seul mot d’ordre : la solidarité dans l’équipe.

SNUipp-FSU 77 : Les "réseaux sociaux" représentent un vecteur nouveau de mise en cause publique de collègues ; l’abominable assassinat de notre collègue Samuel Paty (qui avait d’ailleurs enseigné en Seine-et-Marne) l’a montré. Y a-t-il de nouveaux "champs d’intervention" de l’Autonome de Seine-et-Marne, liés à ces nouvelles technologies de communication ?

Philippe Cameroni : Ah, les réseaux sociaux ! C’est un phénomène que nos anciens présidents d’Autonomes n’avaient pas à traiter. En revanche, c’est un phénomène que j’ai à traiter de façon hebdomadaire car les collègues sont soumis.es à des écrits de parents très violents. Les réseaux sociaux ont pris une part importante dans le mal-être enseignant. Aujourd’hui, pas une semaine sans que des collègues adhérent.e.s soient soumis.es à des injures, des insultes, ou des conseils avisés sur la pédagogie. Cela est repris en boucle et commenté parfois de façon extrêmement violente. Malheureusement, la loi aujourd’hui n’est pas adaptée pour faire reconnaître ces faits. Nous espérons qu’elle va changer et qu’elle va nous donner la possibilité de pouvoir intervenir auprès des services de justice, afin de faire reconnaître le bon droit de nos collègues insulté.e.s de façon terrible. Néanmoins nous agissons et engageons les collègues à déposer plainte contre les parents lorsque ceux-ci sont identifiés. L’Autonome s’est adaptée, nos avocats ont travaillé le sujet, parfois ils écrivent aux parents une lettre comminatoire, sinon je le fais. Évidemment nous nous sommes adaptés, nous avons un compte Facebook @capautonome et un site Internet : capautonome.fr. Il s’agit de nos réseaux d’informations vers nos collègues qui chercheraient une réponse et des fiches administratives créées par nos avocats, afin de donner les réponses les plus courantes aux faits les plus fréquemment rencontrés par nos collègues.

SNUipp-FSU 77 : As-tu connaissance des situations de collègues à qui l’administration aurait reproché de s’exprimer sur les "réseaux sociaux" ? Si oui, que peux-tu nous en dire ?

Philippe Cameroni : En fait assez peu, mais le peu est toujours extrêmement grave. Ce qui veut dire que très souvent des sanctions administratives suivent les interventions de nos collègues sur les réseaux sociaux. Donc n’écrivez rien sur les réseaux sociaux liés à votre profession. Les écrits restent. Je sais qu’on a eu tendance à créer des groupes WhatsApp, etc. pendant le confinement. Il ne faut surtout rien écrire qui pourrait vous porter préjudice. Restez extrêmement et exclusivement professionnel.le.s. Tous ces groupes sont sources de conflits. Rien sur les élèves, sur les collègues.

SNUipp-FSU 77 : En conclusion provisoire... Nous te remercions très sincèrement pour le temps que tu as passé à nous répondre. Nous savons l’engagement fort que tu as aux côtés et en soutien des collègues qui ont ou ont eu besoin de faire appel à l’Autonome de Seine-et-Marne. Cela peut être n’importe lequel et laquelle d’entre nous, un jour. Nous partageons des valeurs communes fortes, chacun dans son domaine d’interventions, dont celle, fondamentale, de la solidarité et de l’entraide.

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