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6 janvier 2017

EXTRÊME DROITE : Analyse des 100 propositions pour l’école du Collectif Racine

Le collectif Racine, proche du FN, fait 100 propositions pour l’école. Le SNUipp-FSU décrypte ces dernières.

Dans le cadre de la lutte syndicale contre l’extrême droite, dont la FSU et le SNUipp font parti, voici les 100 propositions du collectif Racine.

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COLLECTIF_RACINE

Séduire les enseignant-e-s

Le collectif Racine connaît le milieu enseignant, les difficultés professionnelles, les réformes perçues comme injustes ou illégitimes. Il présente ainsi quelques propositions qui peuvent trouver de l’écho chez nos collègues, comme la suppression de la réforme des rythmes, ou la revalorisation de nos salaires.

Il use de séduction, mettant en avant les « compétences et [le] dévouement » des enseignant-es. Toutefois, on se rend vite compte que tout le monde n’a pas la même importance : les revendications corporatives s’adressent plus spécialement à la figure « du directeur d’école primaire », auquel sont consacrés pas moins de cinq articles ! Quant aux syndicats enseignants, ils ne doivent pas « prétendre, et en aucune façon, influer sur les orientations et pratiques pédagogiques, ni soutenir des positionnements idéologiques » au nom du principe de neutralité ! Les activités syndicales se trouveraient donc bien limitées ! On sait aussi que ce qui est qualifié ici « d’idéologique », c’est la lutte contre les discriminations (racistes, sexistes, homophobes) et l’éducation à l’égalité...

Sortir l’école de la société

Plusieurs articles mentionnent les parents d’élèves, dont trois qui stipulent qu’il faut « restreindre leur représentation » et limiter leur influence, ce qui traduit une méfiance certaine et la volonté de les maintenir à distance, et un autre qui évoque la possibilité de suspendre les allocations familiales « en cas de manquement éducatif caractérisé. »

Des mesures visant les musulman-es (sans que cela soit écrit explicitement) sont assez clairement énoncées : « le service public fondé sur les principes d’égalité et de neutralité n’a pas à prendre en considération les préférences alimentaires particulières ou les pratiques religieuses des élèves, de sorte qu’il ne lui appartient pas de proposer des plats ou menus de substitution » ; « interdire le port de signes religieux à toute personne accompagnant les activités organisées par les établissements. »

Une vision de l’école passéiste

En ce qui concerne les contenus d’enseignement, le caractère passéiste et réactionnaire des propositions apparaît de façon flagrante. Dès la proposition 4, il est dit que la méthode syllabique doit être « la seule méthode reconnue comme norme pour l’apprentissage de la lecture », ce qui va à l’encontre de la liberté pédagogique, et des résultats de la recherche. Mais par un tour de passe-passe rhétorique, le Collectif convoque cette même liberté pédagogique pour autoriser les méthodes alternatives, « mais uniquement en complément » ! La proposition 3 proscrit « les pseudos enseignements ludiques qui, s’ils peuvent avoir quelque vertu éducative, n’en ont quasiment aucune en termes d’instruction » : on retrouve là la mise en opposition, classique à l’extrême droite, entre éducation (dévolue aux familles) et instruction, cette dernière devant être la seule mission de l’École. « L’École primaire doit être exclusivement centrée » sur « la transmission des savoirs fondamentaux ».

L’étude de la littérature doit privilégier les grandes œuvres du patrimoine culturel national (nous soulignons) plutôt que la littérature « pour la jeunesse ». Le seul paragraphe consacré aux mathématiques évoque seulement les 4 opérations de base. Quant à l’histoire, elle fait évidemment la part belle au « roman national », récit historique mythifié qui envisage le passé d’un pays non pas comme un terrain d’analyse historique forcément complexe, mais comme un grand récit romanesque et identitaire avec des héros et des « méchants », en revisitant certains épisodes pour, par exemple, occulter la collaboration de Vichy ou valoriser la colonisation.

La formation des enseignant-e-s

Concernant la formation des enseignant-es, le Collectif Racine préconise de « supprimer les ESPE et les remplacer par les Écoles Normales Régionales qui délivreront une formation d’excellence centrée sur l’apprentissage disciplinaire, proscrivant les prétendues ’’sciences de l’éducation’’’ ». Ceci est à relier aux positions « anti-pédagogistes » affichées régulièrement par l’extrême droite, et plus largement par celles et ceux qui s’auto-proclament défenseurs d’une école du passé fantasmée ou cherchent tout simplement à faire des « coups médiatiques », comme l’ont montré les récentes accusations portées sur des enseignant-es, des chercheur-es et des universitaires.

Quelques « perles » issues des 100 propositions :

PROPOSITION 7 : Repérer les cas de précocité scolaire, source bien souvent d’un sentiment d’isolement, d’une perte de goût et de souffrance scolaires, pour leur proposer un accompagnement spécifique assuré, hors du temps de classe, par des enseignants volontaires et pouvant permettre, après évaluation concertée, le passage anticipé dans la classe supérieure.

PROPOSITION 10 : Instaurer, tout particulièrement à l’École primaire, un enseignement chronologique de l’histoire, pour l’essentiel celle de la France, faisant toute sa place au roman national présenté sous forme de récits, lesquels forment la mémoire, forgent le sentiment d’une appartenance à la nation, et sont porteurs de valeurs propres à orienter la conduite. PROPOSITION 28 : Supprimer le dispositif Enseignement langues et cultures d’origine (ELCO) qui va à l’encontre de la fonction assimilatrice de tous les enfants à la nation qu’il incombe à l’École de remplir. PROPOSITION 52 : Remplacer l’« Allocation de rentrée scolaire » (ARS) par un système de bons d’achats dont le montant sera proportionnel aux revenus des familles. Ces bons d’achats permettront l’achat de fournitures scolaires obligatoirement fabriquées en France, grâce à un contrat conclu entre l’État et les distributeurs. PROPOSITION 53 : Instaurer le port d’un vêtement uniforme pour tous les élèves du primaire et, au moins, d’une partie de l’enseignement secondaire, jusqu’à un niveau d’étude qui sera déterminé à l’issue d’une concertation nationale, suite au lancement d’un appel national à projets visant à déterminer l’aspect et la forme de ce vêtement.

Ce que retient Marine Le Pen, ce que dit le FN

Habilement, la présidente du FN ne s’attarde pas sur le détail des propositions. Elle affirme vouloir « consacrer la moitié du temps d’école au primaire à l’apprentissage du français (retour aux fondamentaux) ».

Dans son discours d’introduction à la convention du FN, Florian Philippot précise que les propositions ont été écrites « à partir des bonnes idées venues de la base » et non « à partir de la dernière lubie du moment d’un soi-disant spécialiste des sciences de l’Éducation ». Il flatte ainsi les enseignant-es, professionnel-les de terrain, et les oppose aux universitaires et aux décideur-es. De même, Marine Le Pen affirme : « Si on veut reconstruire l’école il faut en finir avec les dogmes pédagogistes qui ont miné toute autorité et tout mérite personnel ».

Ce discrédit de la pédagogie et de la recherche en sciences de l’éducation est cohérent avec l’élitisme, récurrent dans les discours d’extrême droite : opposés à la démocratisation scolaire, ils fustigent « l’égalitarisme » qui équivaudrait à niveler par le bas, et prônent un système basé sur le mérite, la sélection, l’excellence, et l’inégalité des intelligences et des « talents », bref tout ce qui concourt à maintenir, voire creuser, les inégalités, notamment socio-culturelles. Selon eux, l’école n’a pas besoin de pédagogie, puisque les « doué-es », les « méritant- es » sont voués à réussir leur scolarité !

En décembre, Marine Le Pen a fait elle-même un accroc dans son entreprise de dédiabolisation, en prônant la fin de la gratuité à l’école pour les enfants étrangers (sauf si leurs parents « cotisent en situation légale ») et la fin de la scolarisation des « clandestins ». Ces formulations, même floues, excluent de l’école gratuite les enfants de sans-papiers et de demandeurs d’asile a minima. Ces propositions sont contraires aux grands textes internationaux relatifs aux droits humains, ainsi qu’à la Constitution française et au Code de l’éducation. Elles montrent aussi que le FN continue de revendiquer la « préférence (ou priorité) nationale », même en matière de protection des droits des enfants et des familles.

Notre projet pour l’École : Au SNUipp-FSU, nous ne partageons pas du tout ces conceptions, nous savons combien il est stérile d’opposer le terrain et la pédagogie, et à l’inverse combien le lien entre chercheur- es et enseignant-es est indispensable et précieux.

Certes, nous critiquons aussi le système scolaire actuel, qui perpétue les inégalités et ne se donne pas les moyens d’une vraie démocratisation. Mais c’est parce que nous portons l’ambition de faire de chaque élève un-e citoyen-ne éclairé-e quelle que soit sa classe sociale, son sexe, son origine. C’est bien le sens du Tous et toutes capables, qui fonde nos revendications pour la réussite de tou-tes les élèves, loin de la méritocratie ou de « l’égalité des chances ». Cela passe par des pratiques pédagogiques égalitaires, démocratiques, émancipatrices.

En complément, l’analyse plus détaillée de VISA (publiée le 2 janvier 2017)

 

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